Matérialiser les failles: une discussion avec Clara Painchaud

Par Charlotte Lehoux

*la photo ci-dessus est un portrait de l'artiste

L’artiste d’art visuel et de performance Clara Painchaud nous offre une exploration de la mise en scène et de la mise en espace à travers sa pratique multidisciplinaire. «La mort la plus vraie sur scène, c’est un objet qui se brise»,  dit Clara de son art, et c’est effectivement une méditation sur notre rapport à l’objet-outil ainsi que sur sur la fragilité et la puissance, qui informe sa pratique et ses installations.

 

Lorsqu’on lui demande de parler de sa vision artistique, iel raconte que c’est un lot de réflexions, une vivacité poético-intellectuelle et un questionnement profond qui l’anime. Pourtant, d’entrée de jeu, iel s’arme d’un avertissement : «Je [ne] suis pas très bon pour parler de ma pratique.» Énoncé qui se révèle trop modeste, voire  erroné, d’autant plus que l’artiste nous propose un corpus d'œuvres si réfléchi qu’on ne peut s’empêcher de discerner, derrière son travail multiforme, un investissement intellectuel sérieux.

Les Restes, Installation, 2020.


L’intérêt de Clara pour la mise en scène et pour l’installation prend sans doute racine dans sa pratique en théâtre ; iel le pratique sérieusement et a fondé avec Marion Thiévent-Hébert et Sebastian Reale-Hernandez en 2014 le collectif théâtral Qui Dit Vain. C’est donc une réflexion profonde sur la scénographie qui vient s’ancrer au sein de sa démarche et guider ses installations. Au niveau thématique, Clara se penche entre autres sur la mince frontière qui sépare la violence et la fragilité et sur la rencontre possible entre les deux ; iel vient effectuer une fusion de ces deux traits, pourtant à première vue irréconciliables.

Texte-Moi Quand Tu Arrives, détail, 2019


Avec son installation Pièces de conviction (2019), l’artiste reproduit des objets associés à une notion de violence – un fusil, un poing américain – façonnant ces derniers en porcelaine blanche et mauve. Ceux-ci sont infusés dès lors d’une notion d’ambiguïté, d’ambivalence. Cette artillerie cassante vient doucement associer le fort au fragile, une réunion qui fait office de « vulnérabilité dangereuse », pour reprendre les mots de l’artiste,  et qui personnifie l’identité à la fois douce et féroce qui est celle de Clara. 




La dualité du fragile et du violent ainsi que  sa matérialisation par l’objet est d’ailleurs un thème récurrent dans sa pratique. En 2020, iel présente la performance filmée Sans rien dire.  Sur un autel sont érigées des armes tissées de plantes et façonnées de papier. Par la suite, ces objets – par exemple, un couteau construit en papier et fleurs séchées – est ensuite brûlé ; il brûle, disparaît en fumée. C’est une ritualisation de l’éphémère, mais aussi une manifestation de vulnérabilité : la vulnérabilité devient ainsi armure, que l’artiste exprime et revendique.

Texte-moi Quand Tu Arrives, détail, 2019

C’est ainsi, comme l’exemplifie sa démarche, un travail tout en nuances, une pratique empreinte de réflexions sur l’objet et son rôle identitaire qui vient définir, du moins en partie, la proposition artistique de l’artiste. Comme iel le dit, « le rapport à la nature devient un outil », qui est utilisé pour construire un art fragile et doux, mais également ambivalent. La délicatesse de ses techniques, que ce soit la porcelaine, le papier ou le textile, vient nuancer son approche de thématiques plus dures, réfléchies et identitaires.

Sans rien dire, 2021.

En 2020, Clara Painchaud a été exposé notamment lors du festival d’art émergent ARTCH, à la Centrale galerie Powerhouse et au sein d’une exposition de groupe de sérigraphie in situ à Arprim. Plus récemment,  son travail a été présenté à l’atelier Presse Papier à Trois-Rivières, ainsi qu’au CDEx de l’UQAM, et sera, en 2022, présenté à Gatineau à la galerie Art-image et à Rimouski à la galerie Caranvansérail.



Si vous souhaitez découvrir toutes les œuvres de Clara Painchaud, visitez son Site-Web et son Instagram

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